Influenza 3

Chat Pinocchio

Carabistouilles

« Le ministère a inventé une morale nouvelle, la morale des intérêts ; celle des devoirs est abandonnée aux imbéciles. »

« Remarquez ceci : les intérêts ne sont puissants que lors même qu’ils prospèrent ; le temps est-il rigoureux, ils s’affaiblissent. »

Chateaubriand

Le dimanche 4 avril apparut sur les écrans, dans une robe turquoise comme l’espoir, la reine. Son visage était net, calme, serein, son regard franc, fixe, surmonté de son haut front marmoréen lui même couronné de cheveux blancs gris colorés de la poussière du temps. Elle était assise simplement, sur une chaise, droite, les mains posées au bas du ventre. Elle parle. Elle parle comme d’habitude, comme tout le monde mais mieux. Elle nous parle à tous, à ses millions de petits enfants avec le naturel d’un déjeuner dans la cuisine. Elle nous sait d’un simple regard, nous montre d’une phrase qu’elle nous a lu, elle nous saisit, nous soulève de la situation à la hauteur d’une vue collective, nationale, empathique. Dans le même mouvement elle nous rassemble et nous fixe un but ; elle secoue notre fierté et nous dirige vers l’avenir, face à nos responsabilités et à nos devoirs envers nous-mêmes et envers nos compatriotes, envers l’histoire ; elle inscrit des symboles dans la mémoire collective qu’elle écrit déjà ; elle n’oublie pas nos âmes et rappelle l’occasion de retrait et de prière que contient la solitude. Par un souvenir, elle nous ramène 80 ans en arrière, pendant la guerre, lorsque, alors enfants, les princesses s’adressaient aux enfants évacués sous les bombes – le parallèle posé, les spécificités de la situation actuelle ressortent plus compréhensibles. Tout cela en 4 minutes.

Le lundi 13 avril, la France attendait l’allocution du président de sa république. L’image apparaît, le président affiche le visage grave et les paupières contractées des grands moments, avant de plonger dans son discours. L’acteur dresse alors un bilan de son action, comme si la guerre qu’il avait déclarée un mois auparavant était terminée. Il déploie sa pensée quantique « mea culpa, c’est pas de notre faute », il fanfaronne bientôt sur ses résultats (ceux des soignants), et nous claque une date : le 11 mai. Le 11 mai quoi ? Le 11 mai nous pourrons, si tout va bien, sortir progressivement du confinement. C’est-à-dire ? Le gouvernement présentera d’ici 15 jours le plan d’après le 11 mai. Ha ! Il n’en a donc pas encore ! Pourquoi alors le 11 mai ? Je vous passe les détails, qu’il sera attentif à ce que les assurances soient au rendez-vous (sic) (et tu vas faire quoi?), qu’il va proposer une application de surveillance, qu’il tachera de porter en Europe notre voix afin d’avoir plus d’unité et de solidarité (sic), enfin qu’il est fier de nous, concitoyens d’un pays qui fait face (sic !). Mais qui est l’analphabète qui écrit ses discours ? 27 minutes pour ne rien dire, 27 minutes volées à 35 millions de personnes qui le regardaient sur leurs écrans, cloitrées chez elles. Ha quel acteur ! Un césar pour ce césarillon ! Il nous dit que le système de santé n’a pas été saturé : et les patients qui n’ont pas été admis en réanimation faute de place ? Et les patients qui auraient été en réanimation en temps normal qui sont restés en hospitalisation classique parce que, comme il n’y avait plus de place, le critère d’admission est devenu l’intubation ? Et les patients non covid qu’on a renvoyés pour pousser les murs optimisés jusqu’à la corde pendant des années ? Qui a confiance en Emmanuel Macron ? Pour cet été on réservera plutôt des chambres d’hospit en Allemagne que des chambres d’hôtel en Espagne. Ensuite, on mangera de la terre et on chiera des pierres pour payer la dette.

Le Chef de l’État est-il le père de la nation ? Qui est-il ? D’où vient-il ? Quel est son héritage ? Est-il un petit fonctionnaire n’ayant pas même le sens des mots – une épidémie est-elle une guerre ? Il a réussi lui, il dirige ceux qui ne sont rien. Aujourd’hui la gloire se déporte sur les imbéciles qui accomplissent leur devoir : ils ne sont pas des héros, ils accomplissent leur devoir, ce qui est bien plus noble. Écoutons-les, ces anonymes :

« Avant que je me couche, il y a deux heures et demie, il restait un lit en réa, pour le reste on entassait les patients aux urgences. Le pic sera passé quand on verra moins de patients arriver, pour l’instant on a pas vraiment de perspective. Ce qui est inquiétant c’est qu’on a mobilisé beaucoup de moyens humains, simplement on est au maximum.

« Entendre le bip sonner dans un demi-sommeil. Pendant une seconde, le chercher frénétiquement partout. Puis réaliser que la garde est finie depuis 3 heures, que je suis chez moi et qu’il n’y a pas de bip. (VDC)

« Dans mon hôpital, on a recensé tous les médicaments qu’il nous restait. Mauvais signe : ça a été rapide. Il nous reste à peine de quoi soigner 6 patients. On a donc modifié toutes nos prescriptions pour économiser le plus de médicaments possible. Ça m’a rappelé mon stage de médecine humanitaire, mais je n’aurais jamais cru ressentir ça en France. Ensuite, on a appelé tous les hôpitaux de la région pour savoir s’il leur restait un peu de stock. On a interrogé les vieux médecins pour savoir quels médicaments ils utilisaient, et on a appelé les pharmacies pour savoir si elles avaient encore de ces vieux médicaments. On a pu ainsi trouver quelques ampoules et éviter de se poser la question des médicaments vétérinaires. (VDC)

« Au bloc, les masques sont distribués un par un par les aides-soignants. Aux urgences les masques FFP2 sont gardés par l’infirmière cadre de garde, comme un magot. Chaque prélèvement, pour tester un patient ou un soignant est l’occasion d’une négociation âpre entre elle et les internes. J’angoisse d’être exposée et même de renoncer au matériel de protection par crainte de devenir agressive si on me refuse l’accès à un masque. »

La récré est terminée.

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